Juin 2009
 
 

 

Salut et bonne fête à toi, Québécois ou Québécoise !

          On pourrait croire qu’une vie de princesse, c’est ennuyeux. Très souvent, je t’avoue que ça l’est, même si ça n’en a pas l’air. Hum… Est-ce que tu me suis ?
          Mais il arrive aussi des événements plutôt intéressants. Par exemple, quand Monsieur X surprend un individu, disons… indésirable, qui s’est introduit illégalement dans le palais.
          D’ordinaire, les huit kilomètres que totalisent les différents corridors du palais royal sont constamment surveillés par une tonne de caméras. Quand le colonel m’a dit combien de caméras étaient dispersées dans le palais – plus de trois cents -, ça m’a fait tourner la tête !
          Un samedi matin, alors que les portes du vestibule de marbre s’ouvrent devant la foule massée sur le perron, un des visiteurs paraît tout de suite suspect aux yeux d’un des agents de sécurité.
          Pourtant, la guérite - tu sais, cette porte où tu te tiens debout dans les aéroports et qui détecte les métaux – n’a pas sonné. Seulement, l’agent s’approche de mon ami Monsieur X et lui murmure quelque chose à l’oreille.
          Tu te dis peut-être : comment sait-elle ce qui se passe ce jour-là ? Éolia a beau être une princesse, elle n’est pas censée tout savoir !
          C’est vrai.
          Mais tu commences à me connaître : je ne suis pas de ces princesses qui se pavanent et marchent à la baguette. Je me tiens au courant et ce jour-là, figure-toi que je dois partir pour le week-end avec ma famille dans le petit palais de mon père, Rosaréa, situé en banlieue de Massora. Mais à cause de ma mère qui est toujours en retard, eh bien… nous sommes en retard!
          Moi, je me trouve dans ma pièce cachée au-dessus de mes appartements et à laquelle j’ai accès grâce à mon ascenseur secret. Tout en surfant dans Internet, je jette des coups d’œil sur les petits écrans de télévision encastrés dans le mur à côté de mon bureau.
          Et… je constate qu’effectivement, un agent discute à voix basse avec Monsieur X tandis que le flot de visiteurs s’engouffre dans le palais.
          Tout de suite, les touristes sont pris en charge par des guides vêtus de l’uniforme rouge et vert du palais royal. Il y a plusieurs circuits de visites. D’ordinaire, les gens ne voient que le rez-de-chaussée du palais. Les grandes pièces d’apparat, si tu veux.
          Les escaliers et les ascenseurs conduisant au premier étage sont fermés ou bloqués pour l’occasion.
          Surprise par l’intérêt que Monsieur X porte à ce visiteur dont l’aspect lui semble louche - un homme assez enveloppé vêtu d’un costume à carreaux, de longs favoris gris, une chevelure en bataille et une paire de lunettes noires… -, je l’observe moi aussi.
          Déjà, des lunettes fumées dans un palais alors qu’il y a tant de choses à voir, c’est mauvais signe !
          Je consulte ma montre. Ma mère a dit qu’elle serait enfin prête dans une heure environ. Pour tuer le temps, je décide d’aider Monsieur X à tirer cette affaire au clair.
          Bien entendu, je ne descends pas «au naturel»… C’est-à-dire pas comme je suis d’habitude, blonde aux yeux bleus ! Je me déguise, me faufile par les passages secrets et ressors par la porte dérobée aménagée dans une des colonnes parsemant la salle de bal.

Clique pour agrandir le plan du palais!

        Comme la salle est pleine de gens, ma présence – enfin, celle d’une jeune fille rousse munie d’une fausse dentition – passe inaperçue ou presque. Car lorsque je me déguise ainsi, il y en a toujours un qui rigole : «Regarde un peu son museau de cheval!» Mais je m’en moque. Mon but est de ne pas me faire reconnaître, un point c’est tout !
        Une des attractions du palais royal réside dans les fabuleux tableaux de maîtres exposés dans les différentes pièces. Alors, pourquoi le bonhomme rond décide-t-il de tenter plutôt sa chance du côté de l’ascenseur qui conduit à l’étage ?
        Il se faufile… Il y a tant de monde qu’un moment, je le perds de
vue !
        Oh ! Le voici de nouveau derrière un couple d’Américains qui parlent très fort et qui, plantés devant un des tableaux, se vantent de connaître l’artiste pourtant mort il y a plus d’un siècle.
        Je me demande comment on peut être aussi ignorant quand… je perds encore mon suspect des yeux !
        Je repère deux agents en civils, m’approche d’eux et leur murmure :
        – Je l’ai perdu de vue, moi aussi!
        Ils me regardent comme s’ils ne m’avaient jamais rencontrée, ce qui est un peu le cas, en fait, puisque, rappelez-vous, je porte un déguisement.
        Je cherche encore, me mêle aux visiteurs en extase devant tel ou tel tableau. Il y a un petit malin qui s’exclame en désignant l’ascenseur :
        – Si on pouvait monter, on verrait peut-être un membre de la famille royale!
        Je ris sous cape, car il y en a bel et bien un à côté de lui, et il ne le sait même pas !
        Soudain, je sens que l’on me tire par les cheveux.
        Par les cheveux !
        Oh non !
        Ma perruque glisse sur ma tête, dévoile mes mèches blondes, et…
        Un flash m’éclate en plein visage.
        Le bonhomme rond de tout à l’heure me fixe, l’air triomphant.
        – Princesse! clame-t-il, fier de lui.
        Avant que les gardes ne puissent agir, il prend encore deux ou trois clichés.
        Cette fois, je suis découverte !
        Tout à coup, la femme du couple américain surgit et repousse le bonhomme photographe. Celui-ci glisse, trébuche, perd son appareil numérique et l’écrase par mégarde sous son talon!
        – Pour vous apprendre les bonnes manières, jeune homme! s’écrie la dame, en anglais, bien sûr.
Heureusement que je comprends cette langue !
        À cet instant arrivent Monsieur X et deux de ses hommes qui mettent la main au collet du photographe amateur.
        Pas si amateur que ça, d’ailleurs, car sa perruque dégringole aussi de ses cheveux.
        Et devinez quoi !
        Apparaît alors un homme moins enveloppé que je l’avais cru, car il se fait également enlever le rembourrage glissé sous son anorak…
Il me montre du doigt à la foule pendant que je remets ma perruque en vitesse.
        – C’est elle ! C’est la princesse Éolia de Nénucie ! s’égosille-t-il.
        Très vite, des gardes du corps m’escortent jusqu’à l’ascenseur tandis que Dagota-pot-de-colle, le paparazzi le plus «gluant» de Nénucie, est raccompagné, lui, jusque dans le vestibule du palais.         
        Dagota peste, invoque ses droits… Je l’entends se plaindre :
        – Vous n’avez pas le droit ! Mon appareil ! Où est mon appareil ?
        Ouf ! Je l’ai échappé belle !
        La curiosité est un de mes défauts, tu le sais. Pourquoi ne suis-je pas restée sagement devant mon écran d’ordi au lieu de me jeter dans cette aventure ?
        Mais j’y songe… Ma curiosité est aussi l’une de mes qualités, car si j’avais agi ainsi… je ne serais plus Éolia ! Et sans ma curiosité, comment ferais-je pour résoudre les enquêtes que m’envoie l’Ambassadeur de lumière ?
        N’empêche que tout ce que je souhaite, maintenant, c’est de m’engouffrer de nouveau dans les passages secrets et de me changer avant que ma mère ne soit vraiment prête, cette fois !
        Je communiquerai avec toi au mois d’août pour te parler de ma nouvelle aventure.
        Passe un bel été !

Lia de Nénucie

 


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