Octobre 2009
 
 

Bonjour à toi, amie ou ami de mon fan Club secret !




         J’espère que tu vas bien en ce début octobre. Brrr! Commence-t-il à faire froid et venteux chez toi ? Tu sais, des fois il arrive des drames dans la vie. Et quand on y pense bien, on constate qu’ils surviennent à cause de détails souvent insignifiants.
         Veux-tu savoir ce qu’il m’est arrivé, dimanche matin dernier ? En fait, tout est ma faute et celle d’un terrible mal de ventre. Et de ce satané verre de lait…
         À partir du premier avril, et ce, jusqu’à la fin octobre, le haut-palais où je vis est ouvert au public tous les samedis et les dimanches. Grand-père a décidé ça pour que les bénéfices récoltés avec les frais d’entrée puissent être versés à des œuvres de charité.
         D’ordinaire, pour éviter de se retrouver prisonniers au premier étage pendant que des centaines de gens visitent le rez-de-chaussée, on ne dort pas au palais le samedi soir. Quand je dis «on», je parle de ma famille. Papa, maman, Fredérik et moi. Et aussi parfois grand-mère et grand-père. On va alors à Rosaréa, le petit château tout blanc entouré de rosiers qui appartient à mon père. Ou bien on «monte» à Acrynola, le grand château médiéval où l’on passe les vacances d’été.
         Mais le samedi soir avant ce dimanche-là, j’avais été très malade. Fièvre, envie de vomir, mal de ventre. Tu vois ce que je veux dire… 
         Papa et maman avaient décidé que j’étais « intransportable ». De toute façon, je m’imaginais mal bringuebalée en voiture avec cet horrible mal de cœur et de tête, assise entre mon père et ma mère ! Conclusion : Madame Étiquette était exceptionnellement restée au palais royal pour me garder.
         Seulement, dès 8h, le samedi matin…
         Je me lève. Je manque aussitôt de m’étaler par terre. Peu avant, alors que je dormais à moitié, Madame Étiquette était venue dans ma chambre. Elle avait tâté mon pouls, pris ma température et fait une grimace. Le médecin du palais m’avait rendu visite la veille. Son ordonnance : du bouillon, du repos, pas de stress.
         Mais voilà !
         Moi, ce matin-là, je voulais boire un verre de lait.
         Vous ai-je déjà fait part que je suis plutôt du genre obstiné ? Et comme dit mon petit frère, quand je veux quelque chose…
         Alors, même si le médecin a ordonné que je me repose, je me lève.          Beurk! J’ai de nouveau envie de vomir.
         J’écarte le rideau, grimace à cause du soleil qui m’explose en pleine figure.
         Dehors, il fait beau. Moi, je veux mon verre de lait.
         Et Madame Étiquette qui n’est pas là quand j’ai besoin d’elle !
         Je chausse mes pantoufles, j’enfile ma robe de chambre et je m’engouffre dans les passages secrets.
         Si tu lis mes aventures, tu sais que ces passages secrets existent. En voici les plans :

Lia_Nenucie_Palais_Plan1.jpg


Lia_Nenucie_Palais_Plan2.jpg

         Il y a dix façons pour le grand public, à partir du rez-de-chaussée, de monter au premier étage où sont situés les appartements privés de ma famille. Huit escaliers et deux ascenseurs. Il se trouve que pour empêcher les touristes de se faufiler dans les étages – car seules les pièces du rez-de-chaussée sont ouvertes au public –, les gardes du palais bloquent les deux ascenseurs et ferment les portes donnant accès aux escaliers.
         Mon but à moi était de sortir de ma chambre et, pendant que les domestiques lavaient et astiquaient les pièces du premier étage, de me glisser dans les passages secrets jusque…
         Seulement, je te l’avoue, j’ai commis une erreur. Au lieu de gagner le premier étage du salon d’hiver, puis, de là, descendre l’escalier en colimaçon pour ressortir dans le couloir du Roi juste derrière le petit corridor des cuisines (14, sur le plan), j’ai pris l’ascenseur secret de ma chambre.
         J’ai donc abouti dans une des grandes pièces d’apparat (17). Tu me suis? À cet endroit, le panneau secret est situé derrière un grand cadre qui est caché par un paravent rouge bourgogne sculpté d’enluminures du XVIIe siècle.
         Mais ce matin-là, puisque le palais était ouvert au public, le paravent avait été placé dans une autre salle.
         Premier choc : j’ouvre le panneau et boum ! Je tombe nez à nez avec un couple de très vieilles personnes. Heureusement, les deux visiteurs ont seulement levé le nez, puis ont lancé un oh ! Puis je me suis éloignée. Ils ont dû être surpris de voir une fille toute décoiffée en robe de chambre, le nez rouge, les yeux gonflés et le teint livide !
         Il était encore tôt, mais déjà la salle de bal (15) était noire de monde. Il y avait des gens de tous les âges : des adultes, mais aussi pas mal d’enfants qui furetaient à droite et à gauche sous l’œil aux aguets des gardes costumés. Car, je ne vous l’ai pas dit, mais durant les jours de visite, certains hommes du colonel de la garde se déguisent en arbalétriers de l’ancien temps pour faire plus authentique.
         Beaucoup de gens avaient leur cellulaire-appareil-photo ou bien leur appareil photo numérique.
         Moi, je n’ai qu’une idée : me rendre dans le petit couloir qui descend aux cuisines. Je veux seulement ouvrir le réfrigérateur et me servir mon verre de lait.
         Tout à coup, un petit malin à lunettes – des verres de bonne qualité, apparemment ! – s’exclame :
         – C’est elle !
         Des têtes se tournent.
         – Qui ça, elle ?
         – La princesse Éolia !
         Vlan !
         – Excusez-moi ! Excusez-moi ! Laissez-moi passer !
         Et je me faufile. Le petit malin a des copains. Et ils se sont mis dans la tête de rattraper la drôle de fille qui zigzague comme une folle dans la foule…
Voilà que je perds une pantoufle. Elle n’est pas en vair et je n’ai aucune envie qu’un supposé prince me la rapporte !
         Je cours, je bouscule, je m’excuse. Mais, après tout, que font tous ces étrangers dans ma maison ?
         Je remarque que les gardes du corps m’ont reconnue, eux aussi !
         Et ce petit futé à lunettes qui me poursuit en répétant : « C’est bien elle ! C’est la princesse Éolia ! »
         Moi, j’ai de nouveau envie de vomir. C’est sûr, si le petit malin à lunettes s’approche trop, je lui vomis dessus ! Ce n’est pas très royal, je sais, mais je n’y peux rien. Et ça lui apprendra à jouer les héros !
         Le corridor menant aux cuisines est tout proche. Hélas ! La porte qui y donne accès… est fermée à clef !
         Prise au piège. Déjà, le garçon à lunettes et ses trois copains me rattrapent.
         – Holà !
         Un garde du corps en civil s’interpose.
         – Merci !
         Autour de moi, on s’écrie :
         – C’est bien elle ! Mon Dieu !
         Vite, je longe le mur sur la gauche jusqu’au bout.Et j’entre dans le salon de musique (12) où on me donne d’ordinaire mes leçons de piano.
         Quelle cohue !
         La tête me tourne, mon cœur bat la chamade. Et mon satané verre de lait… Je l’ai oublié !
         Je ressors du salon de musique, débarque dans le vestibule de marbre (10) et me heurte à la file de visiteurs qui attendent pour entrer dans le palais. Je veux grimper l’escalier et regagner le premier étage. Mais à ce moment-là, je me rappelle que les doubles portes doivent être fermées, en haut !
         – On va l’avoir ! hurle le futé à lunettes qui me talonne encore.
         Je franchis le couloir du roi et passe devant la pièce réservée aux services de surveillance (3), puis devant les antichambres (4). Il y a, dans ces salles, des accès au réseau des passages secrets. Aurai-je le temps de m’y faufiler ?
         – Votre Altesse, mais…
         C’est la voix du lieutenant Bovoit,qui est responsable du palais, les fins de semaine, quand mon ami Monsieur X est en congé.
         Quatre garçons lui coupent la parole.
         – C’est elle ! Coinçons-la !
         Une sonnerie d’alarme retentit. J’espère que ce n’est pas à cause de moi !
         Les gens s’agitent sous les lambris et le regard glacé des personnages représentés dans les tableaux de maîtres.
         Je suis très diminuée - je veux dire intellectuellement - par ma grippe, car je commets une troisième erreur. Devant la porte du salon d’azur (1), je me retourne et grimpe l’escalier (tu le vois, juste en face, sur le plan).          Fatalement, arrivée en haut, je me retrouve nez à nez avec deux portes verrouillées ! Des pas retentissent derrière moi. C’est encore eux !
         Deux secondes plus tard, les quatre garçons parvenaient eux aussi devant les portes fermées. Et ils n’en croyaient pas leurs yeux. Car… j’avais disparu !
         Oui. Presque sous leur nez.
         Je t’avoue que mon cœur battait tellement vite que j’avais peur que le garçon rusé à lunettes pose son oreille contre le mur et m’entende respirer… de l’autre côté de la paroi du passage secret. Ses trois amis sont redescendus, car le lieutenant Bovoit leur avait ordonné. Mais le petit malin à lunettes n’en démordait pas.
         – Il y avait une fille, là ! Et c’était la princesse Éolia !
         Sa mère est arrivée et s’est excusée auprès du lieutenant qui jouait au méchant soldat sévère. La sonnerie d’alarme s’est enfin éteinte.
         – Mais enfin, maman, je te jure que je l’ai reconnue !
         Sa mère l’a réprimandé, et devant tout le monde, par-dessus le marché ! Le pauvre…
         Morale de cette histoire : quand on est malade, on met nos obsessions de côté… et on ne boit pas de verre de lait !
         Sur ce, je te souhaite un super mois d’octobre !
         Si tu veux lire une aventure où je suis tout le temps dans les passages secrets du palais, tiens, voici une suggestion de lecture pour toi :



Bye, bye, et à la prochaine !
Lia de Nénucie

 


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